Extraits de « Fors »de Nicolas Zurstrassen

Posté le 11 septembre 2014

10015046_619707964764162_68995453_n

Au nord de ce monde, nous disons : les bols sont d’anciens crânes

A l’occident nous disons : tu portes en toi ta propre tombe

Au sud : prends soins des lieux qui s’ombrent

A l’orient : n’oublie jamais l’exister comme aval

Nous sommes faits de quelques vents – et de leur déclinaisons infinies

De celles qui n’ont pas encore fini de surgir

 

 

De celles qui vont faire frémir la forêt de pierre,

les oiseaux de fer, les quadrupèdes à roue et les hommes en tôle ondulée

S’il y a un peuple qui manque,

il y a aussi

un passé qui manque

chaque jour, en chaque lieu

dans ce qui ne s’épanche pas dans le toujours, partout

ce qui vit

ici

Nous ne sommes pas la source – il y a des étreintes invisibles

Couleurs

Un panier en osier, un tilleul planté, une faible chaleur,

une lumière liquide et franche baigne

Un jardin, un aïeul

Humeurs

Le monde après le bosquet, les yeux ronds

Matières

Rouges, les glaïeuls.

Blancs, les oeillets

Une éponge -

le passé comme jouissance

Odeurs

Une ruine dans le fossé, une pierre

aux yeux contradictoires

Sur la rive, une grotte, des broussailles et des petits chênes

Sangs

un rossignol sur le muret,

une amphore,

un vieux chant

Qui vient après le vent ?

Les tics ?

Ils portent une part confuse, des chants

Un enfant qui joue, le temps

Mélos n’est pas

sémantique

Nous ne sommes pas ce que nous sommes, des cordes

nous avançons dans l’air, pénétrons dans le jour,

nous n’avons pas encore fini de surgir -

de discordes, les pommes

(tout le contraire d’un argument)

peut-être

un amour

Arc, flèches, sifflets, bâtons, coquillages, blessures

buée, traces de doigts en lumières incertaines

et parfois

le blanc qui ressource

Un jour déjà, un jour encore,

il n’y a pas de jour opposé à la nuit- on danse -

fulgurations contradictoires,

passages

au passé composé,

le passé simple vient

en gouttes

Les passés

déroutent

D’autres mondes condensent

l’avenir, l’ambivalence,

incessante

balance

Magie de la conjugaison,

nous ne croyons plus

à la grammaire

l’image impossible

est toujours neuve

Contre-monde où les morts

parlent

de l’ancien plus réel que le vrai, cette vieillerie

nous frottons notre visage

qui s’éparpille

et cherchons le grand debout

De petites voix – hallucinogènes – creusent peu à peu des chemins

proximes au réel indicible, celui qui

tombe, celui qui

passe,

impénétrable

Aiôn, pulsio, big bang,

synchronie en train de se perdre

naissance ne dit pas commencement mais changement de monde -

un point d’élan

ce sont les indices

qui nous pleurent

Le ciel,

le regard maternel

penser continue

une mélodie, un chantonnement

On nous avait prévenu :

ce sont toujours des ancêtres

qui feront les récents

Et si l’inverse était (aussi) bon à prendre ?

Lorsque ce qui passe sort de ses gonds

nous réveillons le temps déchirant

où photosynthèse et respiration

murmurent d’un même champ

Un faisceau (fascis)

cette étrange terre souterraine, sombre

La curiosité est une sortie

Une fente minuscule en un noyau asème

entre le jour qui finit et celui qui commence

des poupées cassée, un chat s’est enfui

la pensée comme hallucination – sème

un grincement de l’âme

Père ? Mère ? Il n’y a que des fantômes

plus ou moins protecteurs

Un âge plus ancien

que l’humanité -

cet âge est un lieu

vieux comme délivre

dé-naître et revivre

n’est que bouleversant

 

Nicolas Zurstrassen 

Il n'y a actuellement pas de commentaire pour cet article.

Laisser un commentaire